En bref
- La redécouverte de l’atelier Auguste commence à Toulon, en août 2019, par une rencontre familiale inattendue.
- Robert Auguste et Gyn Gausserand ont façonné une œuvre commune entre poterie utilitaire et pièces d’art singulières.
- Leur passage à Vallauris, dès 1952, éclaire plus de cinquante ans de pratique céramique.
- Le fonds d’atelier dispersé chez Tajan en octobre 2022 a remis en lumière un patrimoine longtemps resté discret.
Peu de temps ? Voilà ce qu’il faut retenir :
| Point clé | À retenir |
|---|---|
| Origine | Une rencontre à Toulon relance l’enquête en 2019. |
| Signature | Robert modèle les formes, Gyn compose les décors. |
| Période | Le fonds couvre environ 1952 à 2018. |
| À éviter | Ne pas réduire leurs pièces à une simple vaisselle touristique. |
À Vallauris, l’atelier Auguste renaît d’une rencontre presque romanesque
Il y a des histoires de découverte qui commencent avec un carton oublié dans une réserve. Celle de l’atelier Auguste démarre autrement, au détour d’une exposition de design et d’objets d’art à Toulon, en août 2019. Dans le contexte de Design Parade, le festival porté par la Villa Noailles, la galeriste et curatrice Graziella Semerciyan présente alors « Exercice de style », un ensemble où se croisent artisanat, arts décoratifs, mobilier et objets populaires.
Parmi les visiteurs, Leslie Auguste évoque naturellement son nom. La question fuse : aurait-elle un lien avec la poterie Auguste de Vallauris ? Oui, il s’agit bien de ses grands-parents. Ce moment, très simple sur le papier, agit comme le déclic d’une enquête. Pour qui s’intéresse au mobilier, aux arts de la table et aux savoir-faire du Sud, cette filiation fait immédiatement remonter une image : celle d’un village où la terre cuite, la faïence et les grands noms de la céramique ont constitué une véritable constellation après-guerre.
Le nom d’Auguste n’était pas totalement absent des radars. Anne Lajoix l’avait cité dans L’Âge d’or de Vallauris, ouvrage de référence publié en 1995 sur les potiers actifs dans les années 1950. Quelques pièces utilitaires apparaissaient aussi en brocante ou aux enchères : assiettes décorées, plats, vases, objets à l’émail bleu, vert ou blanc. Mais l’ensemble restait fragmentaire. Une signature aperçue sous un plat ne raconte jamais, à elle seule, la vie d’un atelier.
La vraie bascule survient lorsque les archives familiales et les pièces conservées sur place deviennent accessibles. Photographies, cahiers de comptes, commandes de matières premières, objets laissés dans la boutique-atelier : tout dessine peu à peu un paysage plus dense. Il ne s’agit plus seulement d’attribuer des formes à un couple de céramistes, mais de comprendre la mécanique quotidienne d’une petite production française, avec ses séries alimentaires, ses commandes, ses essais de glaçures et ses recherches plus libres.
Cette histoire parle aussi à notre époque. En 2026, les formations autour du tournage, de l’émaillage et des métiers de la terre attirent un public nombreux, souvent en quête d’un rapport moins abstrait au travail manuel. Le parcours de Robert Auguste et Gyn Gausserand rappelle pourtant que cette envie de « retour à la terre » n’a rien d’une lubie récente. Dans les années 1950, choisir la poterie relevait déjà d’une décision exigeante : produire, vendre, vivre de ses pièces et préserver une place pour l’expérimentation.
Pour mieux situer ce contexte, il faut imaginer Vallauris au lendemain de la guerre. Picasso y travaille entre 1948 et 1955, Suzanne Ramié anime Madoura avec Georges Ramié, tandis que Roger Capron, Jacques Innocenti ou encore Charles Voltz participent à une effervescence où l’objet du quotidien devient un terrain de création. La ville attire, forme, confronte les pratiques. Elle n’est pas une carte postale figée avec trois cigales sur un plat ; c’est un laboratoire de formes, de décors et d’émaux.
Robert Auguste et Gyn Gausserand arrivent dans cette atmosphère et y fondent leur atelier. Leur ancrage vallaurien sera relativement bref, mais décisif. Les gestes acquis, les approvisionnements, les terres et les émaux employés continueront de nourrir leur pratique bien après leur départ. Voilà tout l’intérêt de cette redécouverte : rendre à un nom discret sa place dans le patrimoine céramique français, sans le transformer en légende artificielle.
Lorsque tu croises une assiette estampée, une jarre à col resserré ou un panneau décoratif portant leur marque, regarde au-delà de l’objet. Il peut contenir toute une histoire de travail, de famille et de terre cuite méditerranéenne.
Comprendre la céramique Auguste : la force d’un duo entre forme et dessin
L’atelier Auguste ne se résume pas à une seule esthétique, et c’est précisément ce qui le rend passionnant. À première vue, certaines productions peuvent sembler très éloignées : une assiette de faïence florale n’a pas grand-chose à voir avec une grande potiche aux reflets sourds. Pourtant, elles partagent une même culture de la matière et une organisation du travail très claire. Robert Auguste maîtrise la forme ; Gyn Gausserand affirme le dessin.
Robert tourne de grandes jarres, des vases généreux, des potiches pansues aux cols serrés. Ces volumes demandent un geste sûr : la terre doit rester suffisamment souple pour monter, tout en gardant assez de tenue pour ne pas s’affaisser sous son propre poids. La beauté de ces pièces tient souvent à une silhouette contenue, presque silencieuse, et à des émaillages moins démonstratifs que les productions touristiques les plus attendues de Vallauris.
Gyn Gausserand, elle, intervient par le décor, la ligne et le motif. Elle réalise des carreaux destinés à former des panneaux géométriques, imagine des médaillons imprimés, travaille des tampons et développe des formes sculpturales stylisées. Son approche révèle un vrai sens graphique. Sur une pièce, un décor incisé ou estampé ne vient pas simplement « habiller » une surface : il organise le regard, crée un rythme et donne à l’objet sa présence.
Ce partage n’empêche jamais le travail à quatre mains. Dans une pratique collective, l’un peut tourner un vase et l’autre intervenir au décor, à l’engobe ou à l’émail. La frontière entre les œuvres attribuables à chacun et les réalisations communes reste donc volontairement poreuse. C’est une richesse, pas un problème de catalogue. L’atelier fonctionne comme une conversation : la forme appelle le dessin, puis le dessin modifie la perception de la forme.
Repérer les familles de pièces sans les confondre
Pour t’y retrouver devant une pièce Auguste, commence par observer sa fonction. Les productions culinaires et domestiques constituent une part importante de leur activité : plats, assiettes, services, contenants et objets en faïence. Ces céramiques peuvent être unies ou décorées, souvent dans une gamme bleu, blanc et vert. Elles répondent à un usage réel, à une économie d’atelier et à une demande locale ou régionale.
À côté de ces séries, les pièces uniques prennent davantage de liberté. Grandes formes tournées, décors plus construits, panneaux muraux, médaillons ou volumes sculpturaux témoignent d’une recherche qui sort du cadre strict de la commande. C’est là que l’atelier s’éloigne de la simple logique de répétition. Les Auguste ne choisissent pas entre l’objet utile et l’œuvre d’art : ils font cohabiter les deux, parfois sur la même étagère.
| Type de création | Indices visuels | Usage ou intention | Repère historique |
|---|---|---|---|
| Faïence utilitaire | Formats réguliers, émaux bleu, vert ou blanc | Table et cuisine | Production d’atelier des années 1950 à 1970 |
| Grande jarre tournée | Ventre ample, col resserré, glaçure mate ou sourde | Pièce décorative | Recherche de forme portée par Robert Auguste |
| Panneau de carreaux | Motifs géométriques, dessin rythmé | Décor mural | Dimension graphique liée à Gyn Gausserand |
| Médaillon estampé | Motif incisé ou imprimé | Objet décoratif | Travail de matrice et de composition |
Cette diversité explique pourquoi les archives ont produit un effet de révélation. Dans une vente, une seule pièce isolée peut paraître anecdotique. Dans l’atelier, au milieu de ses voisines, elle redevient un fragment d’un langage cohérent. Les émaux se répondent, les décors changent d’échelle, les essais deviennent visibles. C’est exactement le type de découverte qui donne envie de ralentir devant un objet au lieu de le classer trop vite dans la case « vintage provençal ».
Pour prolonger ce regard, l’article consacré aux grands potiers de Vallauris aide à replacer cette production dans son époque. La céramique Auguste gagne en force dès qu’on accepte qu’elle ne cherche pas l’uniformité : sa signature est celle d’un dialogue vivant.
Le patrimoine de Vallauris révèle une autre idée de l’artisanat d’après-guerre
Dans les années 1950, vivre de la poterie demande de tenir plusieurs rôles à la fois. Il faut être créateur, technicien, acheteur de terre, gestionnaire de commandes et parfois livreur. Les archives de l’atelier Auguste sont précieuses parce qu’elles montrent cette réalité sans vernis. Les cahiers de comptes, les relevés de matière première et les quantités produites racontent une vie de travail où l’inspiration ne flotte jamais très loin de la facture à régler.
Cette dimension très concrète est essentielle. Robert Auguste et Gyn Gausserand ne travaillent pas dans une bulle d’artistes. Ils répondent à une demande de vaisselle et de décoration à une époque où la production industrielle fragilise progressivement la petite poterie utilitaire. Leurs créations doivent trouver leur place face aux séries fabriquées à grande échelle, plus rapides et moins coûteuses. L’atelier défend donc une autre temporalité : celle d’un objet façonné, décoré, cuit et émaillé avec des variations assumées.
Le terme artiste-artisan convient particulièrement à leur pratique. Il ne désigne pas un joli flou destiné à faire chic dans une légende Instagram. Il décrit une position concrète : posséder une grande maîtrise technique, produire des objets destinés à être vendus et conserver, dans le même temps, un espace pour des recherches personnelles. Chez les Auguste, le quotidien nourrissait la création, et non l’inverse.
Leur relation à Vallauris illustre aussi la circulation des savoir-faire. Après leur période dans la cité potière, Robert Auguste et Gyn Gausserand poursuivent leur activité à Millau, puis à Pouzilhac. Ils restent toutefois liés aux fournisseurs vallauriens. Robert revient ponctuellement dans le secteur de Golfe-Juan pour acheter terres et matériaux. Ce détail raconte beaucoup : quitter un lieu ne veut pas dire rompre avec ce qu’il t’a appris.
Pourquoi la poterie utilitaire mérite autant d’attention que les pièces rares
Dans le marché de l’art, l’œil se laisse volontiers attirer par le spectaculaire : la grande jarre, le panneau monumental, la pièce unique au décor inattendu. Pourtant, une assiette ou une saucière bien conçue peut être tout aussi révélatrice du talent d’un atelier. Elle oblige à résoudre des problèmes concrets de proportions, de stabilité, de cuisson et de glaçure. Et elle doit pouvoir servir, pas seulement faire son intéressant sur une étagère.
Les pièces destinées à la table possèdent une qualité particulière : elles conservent la trace des usages. Une légère variation de teinte, un bord plus épais, un motif légèrement décentré ne sont pas nécessairement des défauts. Dans la céramique artisanale, ces différences peuvent signaler une fabrication manuelle. Cela ne veut pas dire qu’il faut acheter n’importe quel objet fêlé sous prétexte qu’il est « authentique ». Une fissure traversante, un éclat au pied ou un réseau de craquelures instables méritent une inspection attentive.
Pour une chine de plaisir, privilégie une pièce dont la base est saine, dont l’émail ne s’écaille pas et dont la forme reste lisible. Les objets de table Auguste rencontrés sur le marché secondaire peuvent se négocier à des montants très variables selon le modèle, l’état et la provenance. En 2026, une assiette ou un petit plat attribué à l’atelier peut apparaître à quelques dizaines d’euros, tandis qu’une grande pièce documentée, rare ou issue d’une provenance identifiée se situe dans un tout autre registre. La documentation compte, et elle compte beaucoup.
À éviter : récurer une faïence ancienne avec une poudre abrasive ou la laisser tremper pendant des heures dans un bain agressif. Un chiffon doux, de l’eau tiède et un savon neutre suffisent dans la plupart des cas. Pour les pièces décoratives, mieux vaut aussi éviter la lumière directe derrière une baie plein sud : les émaux résistent, les couleurs et les surfaces n’ont pas besoin d’un marathon méditerranéen quotidien.
Le patrimoine n’est pas seulement constitué d’objets exceptionnels sous vitrine. Il se construit aussi avec ces gestes ordinaires, ces comptes méticuleux et ces assiettes faites pour passer de main en main.
Reconnaître une pièce de l’atelier Auguste sans tomber dans le piège de l’étiquette
La redécouverte d’un atelier entraîne presque toujours une conséquence prévisible : les étiquettes se mettent à fleurir. Dès qu’un nom suscite l’intérêt, certaines annonces de brocante deviennent soudain très sûres d’elles. Or attribuer une céramique à l’atelier Auguste demande méthode et prudence. Une ressemblance d’époque ne suffit pas, pas plus qu’un décor vert ou bleu aperçu sur une photo ancienne.
Le premier réflexe consiste à regarder l’objet dans son ensemble. La forme est-elle tournée ou moulée ? L’émail est-il régulier, brillant, mat, épais ? Le décor semble-t-il posé au pinceau, gravé, estampé ou imprimé ? Une pièce attribuable à Robert Auguste peut se distinguer par une silhouette très construite, notamment sur les grands contenants à épaulement généreux et col resserré. Une intervention de Gyn Gausserand se repère davantage dans le vocabulaire graphique : motifs de carreaux, décors incisés, tampons, médaillons ou compositions plus stylisées.
Il faut ensuite retourner l’objet. La signature, lorsqu’elle existe, peut prendre différentes formes et ne doit jamais être interprétée seule. Un tampon, une inscription manuscrite, une marque sous couverte ou une étiquette ancienne offrent des indices, mais pas une garantie absolue. La pâte, le dessous, les traces de tournage et l’éventuelle présence d’un numéro peuvent compléter l’analyse. Photographier le revers en lumière naturelle est une bonne habitude avant toute demande d’avis.
Un troisième élément compte : la provenance. Une pièce accompagnée d’une facture, d’une photographie d’intérieur, d’un lien familial ou d’une référence dans les archives de l’atelier possède une valeur documentaire supérieure. Lors de la vente Tajan organisée le 25 octobre 2022 sous le titre « Une redécouverte à Vallauris : l’atelier Auguste », les œuvres provenaient directement du fonds d’atelier et étaient restées dans l’état de leur découverte. Cette origine donnait à l’ensemble une cohérence rare.
Les bons gestes avant d’acheter en brocante ou aux enchères
Imagine Léa, qui tombe sur un plat ovale bleu et blanc à L’Isle-sur-la-Sorgue. Le vendeur lui parle de Vallauris, ce qui est plausible mais encore trop large. Plutôt que de céder au coup de cœur en cinq secondes, elle vérifie le dessous, demande d’où vient l’objet, observe les éventuels éclats et compare la forme à des pièces documentées. Ce petit détour évite deux écueils : surpayer une attribution fragile ou passer à côté d’un bel objet simplement parce qu’il n’est pas signé.
- Examine le dessous : cherche marque, signature, numéro et traces de tournage.
- Contrôle l’état : inspecte le bord, le pied, les anses et l’intérieur.
- Demande la provenance : succession, achat ancien, collection ou simple trouvaille.
- Compare les détails : forme, décor, pâte et émail doivent raconter la même époque.
- Garde une trace : photographie l’objet et note le prix, le lieu et les informations reçues.
Le bon achat n’est pas forcément celui qui porte le nom le plus célèbre. Une pièce de poterie doit d’abord te plaire par son volume, sa couleur et la façon dont elle vivra chez toi. Sur une table en chêne clair, un petit plat vert profond apporte une note minérale. Dans une bibliothèque contemporaine, une jarre mate peut créer une respiration sans transformer le salon en reconstitution des années 1950.
Pour les amateurs de matières naturelles, le rapprochement avec le rotin, le chêne ou le cannage fonctionne particulièrement bien. Une céramique à l’émail sourd calme les lignes d’une chaise de bistrot cannée ; un panneau graphique répond à un tissage plus géométrique. Retrouve aussi nos repères dans le guide associer rotin et céramique de Vallauris. L’essentiel reste de laisser à chaque objet son espace : une belle pièce respire mieux sans dix bibelots collés à ses talons.
La meilleure attribution reste celle qui s’appuie sur des preuves, mais le meilleur regard commence toujours par une observation patiente.
L’exposition et la vente de l’atelier Auguste ont changé le regard sur cette œuvre
La vente organisée chez Tajan le 25 octobre 2022 n’avait pas le goût d’un simple inventaire. Sous le titre « Une redécouverte à Vallauris : l’atelier Auguste », elle rassemblait des objets couvrant plus d’un demi-siècle de pratique, de 1952 à 2018. Jarres, vases, plats, lampes, assiettes, panneaux et pièces de table y composaient un récit beaucoup plus vaste qu’une sélection décorative.
L’exposition précédant la dispersion, ouverte du 19 au 24 octobre 2022, permettait de voir les œuvres ensemble. C’est un point crucial. Les expositions d’atelier ne servent pas seulement à préparer une vente : elles redonnent des liens à des objets que le temps avait séparés. Ici, les différentes périodes, les changements de styles et les gestes propres à chacun pouvaient enfin dialoguer dans le même espace.
Les estimations annoncées à l’époque allaient d’environ 300 euros à 6 000 ou 8 000 euros, selon les formats et la rareté des œuvres. Ces montants doivent être lus dans leur contexte de 2022 : ils concernaient un fonds d’atelier à la provenance directe, présenté par une maison de ventes, et non le prix automatique d’une pièce trouvée dans une ressourcerie ou sur un vide-grenier. Mélanger ces marchés serait aussi absurde que comparer un fauteuil Emmanuelle des années 1970 complet et bien conservé avec une chaise en rotin fatiguée par trente étés sous la pluie.
Cette vente a également permis de faire circuler une autre image de la production. Pendant longtemps, la céramique de Vallauris a été regardée à travers des signatures déjà consacrées ou des typologies très identifiables. L’atelier Auguste apporte une nuance précieuse : celle d’une œuvre construite dans l’économie réelle de l’artisanat, mais capable d’inventer des formes personnelles au fil des décennies.
Ce que cette redécouverte apporte aux collectionneurs et aux intérieurs d’aujourd’hui
Pour les collectionneurs, la leçon est limpide : un atelier mérite d’être regardé dans sa durée. Les pièces des premières années à Vallauris éclairent celles réalisées plus tard à Millau ou Pouzilhac. Les formes changent, les décors évoluent, mais certains réflexes de matière persistent. Cette continuité vaut mieux qu’une lecture trop rapide en « avant » et « après ».
Pour les amateurs de décoration, la leçon est plus simple encore : n’achète pas une pièce parce qu’elle coche la case vintage. Choisis-la parce qu’elle produit un effet juste dans une pièce. Une coupe basse Auguste peut trouver sa place au centre d’une table de ferme sans composition trop chargée. Une série de carreaux peut devenir un tableau mural dans une entrée, à condition de penser sa fixation et de ne pas percer à l’aveugle une pièce ancienne.
Un détail pratique mérite d’être rappelé : la céramique ancienne n’aime ni les variations brutales de température ni les manipulations pressées. Une grande jarre se porte à deux mains, l’une sous le pied et l’autre sous le corps, jamais par le col ou les anses. Pour l’installer sur une console, vérifie aussi que le meuble supporte son poids et que la surface ne vibre pas à chaque porte claquée. Ce n’est pas très glamour, mais une potiche qui bascule a rarement une belle fin.
La monographie Pots, Robert Auguste & Gyn Gausserand, annoncée pour 2023 par Graziella Semerciyan avec Dent-De-Leone et IRIS éditions, participe de cette remise en contexte. Documenter, photographier, attribuer et raconter : ces gestes sont indispensables pour que l’histoire d’un atelier ne dépende pas uniquement de l’humeur du marché.
Une exposition réussie ne donne pas seulement envie d’acquérir. Elle apprend à regarder autrement, et c’est sans doute la forme la plus durable de transmission.
Faire vivre l’héritage de l’atelier Auguste chez soi sans le transformer en décor de musée
Faire entrer une pièce liée à Vallauris dans un intérieur contemporain demande moins de règles que de justesse. Le premier piège serait de vouloir reconstituer une cuisine provençale imaginaire avec nappes à olives, pichets partout et soleil peint sur les murs. L’atelier Auguste mérite mieux que ce décor de location saisonnière. Ses objets ont assez de caractère pour dialoguer avec des lignes actuelles, du bois brut, un mur chaulé ou une table très sobre.
Dans un appartement parisien, une potiche aux volumes ronds peut calmer la rigueur d’un buffet en métal laqué. Dans une maison du Sud, un panneau de carreaux graphiques peut répondre à une banquette en chêne et cannage de Vienne. Ce cannage hexagonal, popularisé au XIXe siècle sur les chaises Thonet, apporte une trame légère ; la faïence, elle, introduit une densité minérale. L’association fonctionne parce que les deux matériaux assument leurs irrégularités et leurs gestes de fabrication.
La règle la plus utile est celle de l’échelle. Une grande jarre a besoin d’un sol ou d’un meuble assez stable pour exister. Une assiette décorative, elle, gagne à être présentée seule sur un chevalet discret ou intégrée à une composition de trois objets maximum. Les accumulations peuvent être belles, mais elles demandent une cohérence de couleur, de matière ou de période. Sinon, l’ensemble ressemble vite à une étagère qui aurait fait une brocante un dimanche matin.
Tu peux aussi jouer avec la fonction première des objets. Un plat de service en bon état peut continuer à recevoir des fruits, à condition de le traiter avec douceur. Une coupe peut accueillir des clés dans une entrée. Une lampe en céramique, si son système électrique a été contrôlé par un professionnel, peut réchauffer un coin lecture. En revanche, une pièce fêlée, restaurée ou présentant un émail fragilisé doit rester décorative : elle ne demande pas à reprendre du service héroïquement.
Composer un décor durable autour de la terre, du bois et des fibres
Pour éviter l’effet collection figée, compose avec trois matières maximum. Par exemple : une céramique Auguste à l’émail vert profond, du chêne naturel et une assise en paille de seigle. Cette dernière, souvent utilisée sur les chaises paillées traditionnelles, offre une texture mate et chaude. Elle n’a pas la souplesse visuelle du rotin ni l’aspect plus rustique de l’herbe de mer : c’est justement ce contraste qui donne de la tenue à l’ensemble.
Un fauteuil Emmanuelle en rotin, devenu emblématique dans les années 1970, peut aussi encadrer une grande poterie sans concurrence si les teintes restent sobres. On évite alors les coussins trop imprimés et les murs saturés. La pièce en céramique apporte la profondeur, le fauteuil dessine la légèreté. Deux personnalités fortes, oui ; un concours de décibels visuels, non.
Pour entretenir cet équilibre, dépoussière les objets avec un chiffon sec et doux une fois par semaine si leur surface est exposée. Évite les sprays lustrants : ils laissent un film qui ternit les émaux et accroche la poussière. Si une pièce est très encrassée, passe un linge légèrement humide avec une goutte de savon neutre, puis sèche sans attendre. Niveau de difficulté : débutant. Temps nécessaire : cinq minutes, pas une journée entière avec une brosse à dents et de mauvaises idées.
Ce patrimoine reste vivant lorsqu’il s’installe dans les usages d’aujourd’hui avec respect. Une pièce Auguste n’a pas besoin d’être mise sous cloche ; elle a seulement besoin d’être regardée, manipulée et placée avec un peu d’attention.
Qui se cache derrière l’atelier Auguste de Vallauris ?
L’atelier réunit les céramistes Robert Auguste et Gyn Gausserand. Leur travail associe poterie utilitaire, grandes formes tournées, décors de carreaux, médaillons et pièces sculpturales.
Pourquoi l’atelier Auguste a-t-il été redécouvert récemment ?
La recherche a été relancée après une rencontre avec Leslie Auguste à Toulon en 2019. L’accès aux archives, aux objets conservés et aux témoignages a permis de reconstituer l’histoire de l’atelier.
Quelle est la différence entre les rôles de Robert Auguste et Gyn Gausserand ?
Robert Auguste est particulièrement associé au tournage et aux grandes formes, tandis que Gyn Gausserand développe le dessin, les motifs, les carreaux décoratifs et les médaillons estampés. Ils réalisent aussi des pièces à quatre mains.
Comment entretenir une céramique ancienne de Vallauris ?
Utilise un chiffon doux, de l’eau tiède et un savon neutre si nécessaire. Évite les poudres abrasives, les chocs thermiques, les trempages prolongés et les produits lustrants.
La vente Tajan de l’atelier Auguste a-t-elle eu lieu ?
Oui. La vente intitulée « Une redécouverte à Vallauris : l’atelier Auguste » a eu lieu chez Tajan le 25 octobre 2022, après une exposition organisée du 19 au 24 octobre.