Avec « Day After Day », Ronan Bouroullec ouvre les portes de son univers créatif comme rarement un designer l’a fait, en livrant un parcours d’images qui ressemble à un atelier feuilleté page après page.
En bref :
- « Day After Day » rassemble près de 3 000 images issues du studio de Ronan Bouroullec, entre dessins, maquettes et vues d’installations.
- L’ouvrage fonctionne comme un journal visuel qui permet de suivre le fil de la créativité au quotidien, loin du simple portfolio figé.
- On y découvre un lien constant entre design, art contemporain, architecture et artisanat, qui nourrit les projets les plus emblématiques du studio.
- Ce livre d’art est une source d’inspiration précieuse pour qui s’intéresse à la création d’objets, aux intérieurs et aux matières, du rotin aux céramiques.
| Peu de temps ? Voilà ce qu’il faut retenir : |
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| « Day After Day » dévoile l’envers du décor du travail de Ronan Bouroullec. |
| Près de 3 000 illustrations classées chronologiquement tracent un véritable journal d’atelier. |
| Le livre mêle design, art contemporain, photos de chantier et carnets de recherche. |
| À feuilleter pour nourrir son propre regard déco et ses projets d’aménagement. |
Plonger dans « Day After Day » : un ouvrage illustré qui raconte le design au quotidien
« Day After Day », édité par Phaidon, se présente comme un ouvrage illustré à part dans le paysage des livres de design. Plutôt qu’un catalogue chronologique de pièces finies, le livre déroule une succession de presque 3 000 images qui suivent la temporalité réelle du studio. On y passe d’un dessin à l’encre à une photo de chantier, d’une maquette en carton à une vue de détail de céramique, comme si l’on consultait le téléphone ou les classeurs d’archives du designer.
Ce rythme de défilement évoque un fil Instagram infini, mais sans filtre ni stratégie de mise en scène. Les images de février 2017 ou d’août 2016, par exemple, juxtaposent des recherches colorées et des vues d’installations, créant des rapprochements inattendus. Le lecteur suit les allers-retours entre objets de design, projets in situ et gestes plus libres, presque méditatifs, qui alimentent la créativité du duo Bouroullec.
Pour quelqu’un qui aime la déco et les intérieurs vivants, cette approche est précieuse. Elle permet de comprendre que derrière un vase édité par Vitra ou un système de cloisonnement lumineux, il y a d’abord une accumulation de traces visuelles, de petites décisions prises sur le papier. Tout ce qui finit un jour dans un salon, sur une table, au mur d’un musée ou d’un appartement parisien commence par une image souvent fragile, parfois raturée.
Le livre fonctionne ainsi comme un journal intime visuel, sans commentaires intrusifs. Pas de longs textes théoriques : la narration se fait par la juxtaposition. Une suite de dessins abstraits aux verticales colorées peut soudain être interrompue par une photo de maquette d’architecture intérieure, puis reprendra sur un détail de cannage ou de tissu dans l’atelier. Pour un œil habitué aux magazines déco type Milk Decoration, ce montage révèle tout ce qu’on ne voit pas dans les images lisses de publication.
Ce qui frappe également, c’est la diversité des supports : encre sur papier brillant, feutre-pinceau japonais, argile modelée, modules industriels photographiés sur un plancher tâché de peinture. À force de tourner les pages, on perçoit un même souffle, une même exigence visuelle, qu’il s’agisse d’un projet pour une grande marque ou d’une simple esquisse de forme organique.
En filigrane, « Day After Day » montre que le design n’est pas qu’une affaire de belles pièces terminées. C’est une discipline qui s’écrit tous les jours, dans des carnets et sur des tables encombrées. C’est cette matière brute que le livre met sur la table basse du lecteur, à portée de main.
Un rythme visuel qui inspire aussi l’aménagement intérieur
Feuilleter ce livre d’art, c’est aussi prendre une leçon de composition applicable à un salon ou à une salle à manger. Les successions d’images apprennent à doser pleins et vides, couleurs saturées et teintes naturelles, matières brillantes et surfaces plus brutes. Les enchaînements de verticales colorées, ces « sillons » chers à Ronan Bouroullec, peuvent par exemple t’inspirer pour choisir un rideau rayé, une tête de lit en rotin strié, ou une accumulation de cadres aux proportions volontairement allongées.
On retrouve dans le livre cette attention à l’architecture du regard qu’on croise aussi chez d’autres créateurs contemporains, comme Studio KO ou Matali Crasset — dont les projets, souvent évoqués sur Brin & Tresse, montrent comment une simple ligne peut structurer tout un espace. À travers les pages, le lecteur s’entraîne à repérer ces lignes directrices et peut ensuite les rejouer chez lui.
Comment l’univers créatif de Ronan Bouroullec se tisse entre dessin, argile et architecture
L’univers créatif de Ronan Bouroullec ne se résume jamais à une seule discipline. Le livre insiste sur ce tressage permanent entre dessin, sculpture, architecture intérieure et projet d’objets. Une série de dessins abstraits à l’encre peut se retrouver transposée dans des panneaux muraux, des tapis ou des parois d’exposition. Des maquettes d’argile deviennent des vases, des reliefs céramiques ou des éléments de façade.
Cette perméabilité entre art contemporain et design est une des forces du studio Bouroullec. Elle apparaît clairement quand on observe la répétition de certains motifs : verticales colorées, trames serrées, effets de cannage réinterprétés dans le métal ou la céramique. Ce n’est pas un hasard si leurs pièces dialoguent si bien avec des intérieurs qui mêlent mobilier canné, rotin et lignes plus architecturées.
Un vocabulaire de formes qui parle aux amoureux de matières
Pour un lecteur qui vit entouré de chaises cannées, de fauteuils en rotin ou de textiles naturels, le langage visuel de Ronan Bouroullec est familier. Les pages de « Day After Day » sont traversées de trames, de hachures, de points, comme autant d’échos aux fibres naturelles. Certaines planches rappellent directement un cannage de Vienne ou une assise paillée vue de près.
On peut presque imaginer une pièce : une banquette en rotin tressé, un grand dessin vertical inspiré de ces séries colorées, et une lumière douce filtrée par un cannage de claustra. Le livre donne des idées concrètes pour marier pièces contemporaines et héritages plus bohèmes, sans tomber dans le total look.
Ce dialogue entre dessin et matière renvoie aussi à d’autres créateurs que le magazine suit de près. Les recherches de Erwan Bouroullec autour des systèmes modulaires, ou encore certains projets signés Studio Uchronia, montrent à quel point un simple motif esquissé peut se transformer en volume immersif. Le livre de Ronan donne les coulisses de cette transformation.
Des exemples concrets de résonance avec l’espace
On retrouve dans « Day After Day » des traces des installations exposées au Centre Pompidou, où l’on voyait des dessins monumentaux voisinant avec des modules suspendus. Cette proximité entre œuvre graphique et dispositif spatial est essentielle pour comprendre comment l’atelier envisage les intérieurs : comme des paysages construits plus que comme des pièces meublées.
Dans un appartement, cette approche peut se traduire par quelques gestes simples :
- travailler des lignes verticales fortes (rideaux, lampadaires, étagères fines) pour structurer l’espace sans l’alourdir ;
- oser un mur de dessins ou de photos au format allongé pour créer un effet de vibration similaire à celui des séries graphiques de Bouroullec ;
- mixer des meubles en bois clair, rotin ou cannage avec quelques pièces colorées, inspirées des teintes profondes de ses encres.
En observant comment les images du livre dialoguent entre elles, on apprend à orchestrer les objets de la maison comme une installation, plutôt qu’à les aligner contre les murs.
Un livre d’art pensé comme un journal de création : mode d’emploi pour le lecteur
« Day After Day » n’est pas un beau livre qu’on feuillette une fois avant de le laisser prendre la poussière sur une étagère. Sa structure chronologique et la densité de ses illustrations invitent à des usages multiples, presque quotidiens. Il peut devenir un outil de travail pour un architecte d’intérieur, une réserve d’idées pour un amateur de DIY, ou tout simplement un refuge visuel pour qui a besoin de ralentir.
Une lectrice, Claire, 39 ans, architecte en région lyonnaise, a par exemple pris l’habitude d’ouvrir le livre au hasard chaque matin avant de partir en rendez-vous chantier. En cinq minutes, elle choisit une image, un détail de ligne ou de couleur, qu’elle garde en tête pour la journée. Une manière de s’offrir une mini-résidence dans le studio Bouroullec sans quitter sa cuisine.
Comment le feuilleter pour nourrir sa propre créativité
Pour tirer le meilleur de ce livre d’art, mieux vaut l’aborder en plusieurs temps :
- Une première traversée rapide, pour se laisser submerger par la variété des images et repérer les grandes familles de motifs.
- Un second passage plus lent, en s’arrêtant sur les séries : les verticales colorées, les recherches de vases, les reliefs en argile.
- Un troisième en mode « moodboard », en notant ce qui résonne avec ses propres envies déco : combinaisons de couleurs, formes de piétements, types de trames.
Ce va-et-vient permet de transformer le livre en compagnon de projets. Un dessin de 2016 peut soudain t’inspirer pour le choix d’un tapis rayé dans ton salon, une photo de maquette de 2017 pour une cloison légère entre cuisine et salle à manger.
Un guide discret pour penser la couleur et la lumière dans la maison
Autre apport majeur : la façon dont « Day After Day » traite la couleur. Les encres de Ronan Bouroullec ne sont jamais criardes. Elles oscillent entre teintes terreuses, bleus profonds, verts assourdis, qui s’accordent parfaitement aux matières naturelles, au cannage, au lin lavé. Feuilleter le livre, c’est en somme prendre des notes chromatiques pour de futurs chantiers ou réaménagements.
Pour une pièce de vie, on peut en tirer quelques principes :
- associer un mur clair (blanc cassé, beige lin) à des touches de couleur dense inspirées des encres : un coussin vert forêt, un pot en céramique brique, un luminaire bleu nuit ;
- jouer sur les superpositions de plans (étagères, paravents, rideaux) comme dans les compositions du livre, pour créer de la profondeur sans surcharger ;
- laisser apparaître des matériaux bruts — bois, rotin, terre cuite — qui font écho aux maquettes et argiles photographiées par le studio.
À mesure que l’on s’approprie ces repères, le livre devient un nuancier vivant, loin des catalogues standardisés. C’est cette dimension que les amateurs de déco apprécient, tout comme ils apprécient de découvrir d’autres démarches créatives, par exemple la maison-bulle imaginée par Dorothée Meilichzon ou certains projets de Matali Crasset.
De l’art contemporain à l’objet du quotidien : ce que le livre révèle du design Bouroullec
À travers la masse d’images réunies, « Day After Day » permet de comprendre comment un geste d’art contemporain finit, parfois, par se concrétiser en objet du quotidien. Une suite de traits verticaux à l’encre peut devenir un motif de paravent, un textile, un panneau mural acoustique, voire une façade. La frontière entre dessin d’artiste et plan de designer s’estompe.
C’est particulièrement parlant pour celles et ceux qui aiment vivre entourés d’objets signés, sans forcément basculer dans le fétichisme. Le livre montre que les pièces éditées — vases, sièges, luminaires — ne sont que la partie visible d’un iceberg graphique immense. Comprendre cet iceberg, c’est regarder autrement la chaise, la lampe ou l’étagère que l’on installe dans son salon.
Un regard utile pour choisir ses propres pièces de design
En voyant à quel point certains motifs se développent sur plusieurs années, le lecteur affine son regard lorsqu’il chine ou achète neuf. Une chaise qui réinterprète un cannage ou une structure tubulaire n’est plus un simple « objet tendance » : elle peut être replacée dans une famille de formes que les Bouroullec explorent depuis longtemps.
Concrètement, ce livre aide à :
- repérer les pièces cohérentes avec un univers graphique précis, plutôt que de céder aux effets de mode ;
- mixer sans fracas un fauteuil en rotin vintage avec une table contemporaine inspirée des lignes épurées du studio ;
- oser l’achat d’un objet plus iconique en comprenant ce qui le rend vraiment singulier.
Cette capacité à décoder les formes rejoint le travail de certains cabinets de design ou d’architectes d’intérieur primés récemment, comme Studio KO, qui jouent eux aussi sur un va-et-vient permanent entre dessin, sculpture et architecture bâtie.
Un pont entre la page et l’espace habité
Enfin, « Day After Day » est un rappel discret mais puissant : chaque trait sur la page est potentiellement un futur volume dans l’espace. Quand tu observes une enfilade de dessins en verticales colorées, tu peux déjà imaginer ces bandes transposées en panneaux de bois, en rideaux, en colonnes lumineuses. Le livre offre une sorte de prévisualisation intime d’installations à venir.
Pour l’amateur de déco, cette prise de conscience change la manière d’aborder la maison. Chaque choix de motif, de proportion, de matière devient l’occasion de raconter une histoire qui répond, quelque part, à celle qu’on lit entre les pages de Ronan Bouroullec.
Pourquoi « Day After Day » parle aussi aux amoureux de déco, de rotin et de cannage
Si les passionnés d’architecture et de design contemporain se ruent naturellement sur ce type d’ouvrage, « Day After Day » a aussi beaucoup à dire à celles et ceux qui vivent dans des intérieurs plus chaleureux, peuplés de rotin, de cannage, de textiles naturels. Le livre montre comment une esthétique très construite peut rester profondément sensorielle, à l’écoute des matières et des gestes.
Les photos de maquettes en argile, de modules en relief, de structures assemblées rappellent le travail des artisans canneurs ou rempailleurs. On y retrouve cette même patience, cette même attention au rythme, à la répétition, au vide qui fait respirer la forme. Pour un lecteur qui regarde déjà ses chaises cannées avec tendresse, c’est un prolongement naturel.
Transposer l’esprit Bouroullec dans un intérieur du quotidien
Pas besoin d’avoir un loft minimaliste pour s’approprier quelques clés issues du livre. Dans un appartement haussmannien, une maison de campagne ou un deux-pièces en ville, on peut jouer avec :
- des accumulations de cadres aux formats verticaux, pour rappeler les séries de dessins ;
- des pièces en rotin ou cannage aux lignes sobres, qui laissent respirer les tissus et les tapis ;
- une palette de couleurs tirée des encres du livre : ocres, bleus sourds, verts profonds, plutôt que des tons trop flashy.
Un fauteuil Emmanuelle, une Thonet canné, une table basse en bois brut peuvent cohabiter avec un luminaire ou un vase aux lignes inspirées du travail des Bouroullec, sans se marcher dessus. Le livre aide à visualiser cet équilibre fin entre héritage et contemporain.
Une source d’inspiration pour créer ses propres rituels créatifs
Enfin, « Day After Day » inspire aussi par sa structure même : la répétition du geste, l’accumulation d’images jour après jour. Pour un lecteur, cela peut donner envie de tenir son propre carnet de croquis, de coller des images, de photographier des détails de sa maison, comme un petit studio personnel. L’idée n’est pas de devenir designer, mais d’aiguiser son regard, de développer une relation plus attentive à ses objets et à ses espaces.
À la fin, c’est peut-être là que réside la vraie force de ce livre d’art : il rappelle que la beauté d’un intérieur ne tient pas seulement à quelques pièces « signature », mais à un regard qui se construit, jour après jour.
Qu’est-ce que le livre « Day After Day » de Ronan Bouroullec ?
« Day After Day » est un ouvrage illustré édité par Phaidon qui rassemble près de 3 000 images issues du studio de Ronan Bouroullec. Dessins, photos de maquettes, vues de chantiers et d’installations y sont présentés de manière chronologique, comme un journal visuel de son processus créatif.
En quoi ce livre diffère-t-il d’un simple catalogue de design ?
Plutôt qu’un catalogue de pièces finies, le livre montre les coulisses du travail : esquisses, recherches colorées, volumes en argile, détails d’architecture. Il permet de suivre la créativité au quotidien, et de comprendre comment un geste graphique peut se transformer en objet ou en installation.
Le livre s’adresse-t-il uniquement aux professionnels du design ?
Non, il peut intéresser tout lecteur sensible à la décoration, à l’art contemporain et aux matières. Sa richesse visuelle en fait une source d’inspiration pour aménager un intérieur, travailler la couleur, ou simplement nourrir son regard sur les objets du quotidien.
Peut-on y trouver des idées applicables à son propre intérieur ?
Oui. En observant les séries de dessins, les couleurs et les compositions, on peut en tirer des idées concrètes : choix de palette, mise en scène de cadres, association de meubles en rotin ou cannage avec des pièces plus contemporaines, travail des verticales et des plans.
Le livre aborde-t-il les collaborations avec Erwan Bouroullec ?
Le livre se concentre sur l’univers visuel de Ronan Bouroullec, mais de nombreuses images renvoient aux projets menés avec son frère Erwan. On y retrouve les motifs, les formes et les recherches qui sous-tendent leurs pièces communes, ce qui en fait un complément précieux aux autres publications sur le duo.