Au pied de la Butte, un café aux vitres givrées par la buée renait : Au Rêve signe un retour éclatant qui dit beaucoup de ce que Paris sait encore faire de mieux : mêler mémoire et modernité sans perdre son âme.
En bref
- Au Rêve, bistrot montmartrois ouvert en 1921, rouvre après trois ans de fermeture et retrouve son statut d’institution parisienne incontournable.
- Le studio Saint-Lazare et le restaurateur Mathieu Renucci orchestrent un renouveau qui respecte le patrimoine tout en adaptant le lieu à une vie de quartier très contemporaine.
- Décor d’origine sublimé, lumière retravaillée, bar réchauffé par les miroirs : le café devient un vrai terrain de jeu pour les amoureux de culture et de tradition bistrot.
- De la tasse en porcelaine du matin au verre de rouge tardif, le lieu assume sa fonction de salon de village parisien, avec une programmation culinaire simple, lisible et généreuse.
| Peu de temps ? Voilà ce qu’il faut retenir : |
|---|
| Au Rêve rouvre en 2023 après trois ans d’arrêt, et ne désemplit pas. |
| Le studio Saint-Lazare signe une rénovation minimale mais ultra précise du décor. |
| On vient à toute heure : café du matin, plat du jour, œufs mayo du soir. |
| Préserve ce patrimoine parisien : éviter les travaux lourds qui gommeraient son âme. |
Un bistrot de Montmartre qui renaît sans se renier : l’ADN d’Au Rêve
Pour comprendre le retour éclatant d’Au Rêve, il faut imaginer un petit théâtre de la vie montmartroise. Fondé en 1921 rue Caulaincourt, le bistrot a longtemps été ce décor familier où se croisent ouvriers, écrivains, touristes perdus et voisins venus « juste pour un café ».
Au fil du XXᵉ siècle, les habitués se transmettent l’adresse comme un secret à voix basse. Des figures comme Jacques Brel ou Marcel Aymé y auraient posé leurs carnets et leurs coudes, dans cette lumière légèrement laiteuse si typique des cafés de la Butte. Le nom lui-même, Au Rêve, semble sorti d’une chanson réaliste : un peu mélancolique, un peu joyeux, comme le quartier.
La fermeture pendant trois ans a eu l’effet d’un rideau tiré sur un morceau de patrimoine parisien. Façade assoupie, enseigne à peine lisible, volets clos… Les riverains ont pris la mesure de ce que représentait cette institution : sans elle, le bout de la rue perdait une partie de sa respiration quotidienne.
La réouverture à l’automne 2023 change la donne. En quelques soirs, on retrouve ces signes qui ne trompent pas : nappe qui se froisse, rires qui débordent sur le trottoir, tintement des verres sur le zinc. Le café retrouve instantanément sa place d’institution parisienne incontournable, pas parce qu’il cherche à imposer un concept, mais parce qu’il remet en marche un rythme de quartier.
Ce qui frappe en entrant, c’est cette impression paradoxale de déjà-vu et de nouveauté. Les lustres en verre qui couronnent le bar sont là, exactement à leur place, mais comme ravivés. Le bois patiné a gardé sa profondeur, les banquettes semblent avoir absorbé mille conversations, et pourtant tout paraît plus lisible, plus net. L’œil ne bute pas sur la décoration ; il glisse, comme dans un film où le décor sert l’histoire sans jamais la voler.
Dans ce décor, on croise facilement un personnage type : Camille, graphiste freelance qui habite à deux rues de là. Au Rêve, c’est devenu son coin bureau du matin, avec un café serré, mais aussi son QG du vendredi soir, quand les amis débarquent sans prévenir. Elle y retrouve cette esthétique à mi-chemin entre carte postale de Paris et vraie vie : nappes un peu froissées, bouquets de fleurs sans prétention, verres ballon qui ne cherchent pas à jouer les stars.
Ce premier retour d’énergie rappelle une chose essentielle : un bistrot de ce type ne se résume pas à quelques éléments de décoration. Il tient grâce à une alchimie précise entre architecture, lumière, voisinage, rituels du service et mémoire collective. C’est cette alchimie qui permet à Au Rêve de renaître sans devenir une caricature de « bistrot typique » pour touristes.
En filigrane, cette renaissance donne le ton : ici, le décor n’est pas figé, il accompagne une culture du vivre-ensemble à taille humaine.

Une rénovation subtile par le studio Saint-Lazare : sublimer le patrimoine sans le muséifier
Au moment de repenser Au Rêve, le studio Saint-Lazare aurait pu céder à la tentation du grand geste architectural. Au lieu de cela, il choisit la voie la plus délicate : intervenir peu, mais intervenir juste. Une approche qui devrait inspirer tous ceux qui rénovent un lieu chargé d’histoires.
Première décision forte : conserver les éléments d’origine qui racontent la tradition bistrot. Les sublimes lustres en verre qui dominent le bar étaient déjà là, témoins des décennies passées. Ils sont aujourd’hui mieux éclairés, plus mis en valeur, presque mis en scène. Un simple réglage de lumière, un nettoyage soigné, et ces pièces deviennent les vraies héroïnes silencieuses du lieu.
Derrière le comptoir, un paravent en miroir fait office de coulisse. Il agrandit visuellement cet espace étroit, renvoie la lumière des lustres et capture discrètement les silhouettes en mouvement. L’effet est double : le bar gagne en profondeur, et l’on retrouve ce jeu de reflets si parisien, entre intérieur et rue.
Le reste du décor suit la même logique : bois conservé autant que possible, carrelage rappelant les années 50-60, assises simples et robustes. Quelques touches contemporaines, très mesurées, évitent l’effet « décor de film figé ». Les teintes sont chaudes mais pas saturées, pensées pour accompagner la lumière naturelle du matin comme l’éclairage plus intimiste du soir.
Pour qui aime les matières, le bistrot devient un petit catalogue sensible : zinc du comptoir patiné par les années, verres gravés, bois ciré des tables, cannage ou rotin discret sur certaines chaises, carrelage légèrement ébréché qui rappelle que l’on est dans un café vivant et non dans un showroom. Cet équilibre entre neuf et ancien pose un cadre idéal pour une déco chaleureuse, facile à vivre.
On pourrait presque découper la salle en « micro-scènes » : le coin fenêtre pour lire en solo, la table au fond pour les déjeuners d’équipe, le bout du comptoir réservé aux habitués du quartier. Chacune a été pensée en termes de circulation, d’acoustique, de confort visuel. Un travail de stylisme intérieur qui ne se voit pas au premier coup d’œil, mais qui se ressent dès qu’on s’attarde.
Pour qui prépare une balade dans la capitale, Au Rêve s’inscrit dans une constellation de lieux où l’architecture raconte autant que la carte. On peut d’ailleurs prolonger cette découverte en allant admirer d’autres adresses emblématiques comme la Rotonde de la Muette, autre exemple de patrimoine réinventé avec délicatesse.
Cette façon d’intervenir « en transparence » rappelle une règle que tout amoureux de déco gagne à retenir : dans un lieu ancien, le plus beau compliment qu’on puisse faire à un architecte est souvent de dire qu’on ne voit pas sa main, mais qu’on sent que tout fonctionne mieux.
Un lieu de vie du matin au soir : la nouvelle partition d’Au Rêve
Si Au Rêve est redevenu une institution parisienne incontournable, ce n’est pas seulement grâce à son décor. C’est aussi parce que le café assume pleinement son rôle de lieu de vie en continu, de l’aube tardive aux derniers verres du soir. Chaque moment de la journée a son ambiance, ses codes, presque ses personnages.
Le matin, la lumière de la rue Caulaincourt glisse à travers les vitres et vient accrocher les tasses blanches alignées sur le comptoir. Les premiers clients sont souvent des voisins : commerçants, architectes free-lance, jeunes parents qui déposent les enfants à l’école. On commande un café serré ou un crème, parfois un croissant posé directement sur la soucoupe, sans chichis.
Vers midi, la salle se remplit de travailleurs du quartier et de visiteurs qui ont grimpé la Butte. La carte joue la simplicité maîtrisée : plat du jour lisible, assiettes qui tiennent la route sans chercher l’effet Instagram à tout prix. On imagine parfaitement un menu autour de 18-22 € en 2024-2025 pour un midi complet entrée-plat ou plat-dessert, aligné sur la réalité des bistrots parisiens de ce niveau.
Le soir, le bistrot change de tempo. Les conversations montent d’un ton, les bouteilles de vin sortent des étagères. Les fameux œufs mayonnaise, symbole assumé de la tradition bistrot, deviennent les stars de l’apéritif. Ce genre de plat, simple en apparence, demande un vrai savoir-faire : cuisson parfaite, mayonnaise maison bien montée, assaisonnement net.
Pour t’y retrouver, voici comment se structure une journée type Au Rêve :
| Moment de la journée | Ambiance | Ce qu’on vient y chercher |
|---|---|---|
| Matin | Calme animé, lumière douce, habitudes de quartier | Café, lecture, petit-déjeuner simple, début de journée en douceur |
| Déjeuner | Service rythmé, mélange habitués / visiteurs | Plat du jour, formule rapide mais soignée, pause entre deux rendez-vous |
| Fin d’après-midi | Transition, lumière dorée, tables qui se vident puis se remplissent à nouveau | Goûter tardif, café de rendez-vous, travail au calme |
| Soir | Effervescence, rires, bar animé | Verres de vin, œufs mayo, planches, dîner entre amis ou en duo |
Cette partition tout au long de la journée explique pourquoi il est parfois difficile de trouver une place assise, même en semaine. Au Rêve ne vit pas seulement au rythme des week-ends ou des touristes ; il bat au tempo de son environnement immédiat. C’est ce qui le distingue d’un simple « spot » instagrammable : le café fonctionne même sans appareil photo.
Pour qui aime explorer la capitale à travers ses cafés, Au Rêve peut s’intégrer dans une balade plus large consacrée aux adresses emblématiques. Une promenade qui commence dans Montmartre, se poursuit vers d’autres quartiers, puis s’enrichit avec des repères comme ceux décrits dans ce guide sur les merveilles de Paris, toujours avec cette idée d’allier pause café et découverte architecturale.
Dans ce ballet quotidien, une chose reste constante : la volonté de maintenir une hospitalité simple, lisible, qui laisse la première place à la convivialité. Le signe qui ne trompe pas ? On voit autant de tasses ébréchées par la vie que de verres soigneusement alignés. Ici, on accueille les histoires avant les photos.
Entre mémoire et modernité : Au Rêve, miroir d’une culture parisienne en mouvement
Au Rêve ne se contente pas de servir des cafés ; le lieu raconte aussi comment la culture parisienne fabrique ses mythes. Son renouveau illustre une tendance de fond : les grandes adresses historiques qui repartent de l’avant sans se transformer en décor figé pour cartes postales.
Montmartre a souvent été prise au piège de son image : quartier d’artistes, ruelles pavées, chansonniers, peinture de chevalet. Pourtant, la réalité de 2024-2026 est plus nuancée : jeunes créateur·rices, familles, artisans, indépendants du numérique cohabitent dans ces rues en pente. Au Rêve devient le point de gravité de ce microcosme, un lieu où chaque génération trouve sa place.
La force de cette institution tient aussi à sa capacité à intégrer des usages contemporains. On y voit des ordinateurs portables ouverts le matin, des carnets de croquis l’après-midi, des groupes qui improvisent une célébration le soir. Le wifi et les prises discrètes côtoient les banquettes patinées ; la playlist s’autorise des écarts entre chanson française et morceaux plus actuels.
Certains détails soulignent cette bascule vers un quotidien plus durable : on privilégie des matériaux robustes, des objets réutilisables plutôt que du jetable, une carte pensée pour limiter le gaspillage. Rien n’est militant à outrance, mais l’ensemble dessine un modèle de café parisien en phase avec son époque.
Cette façon de travailler la continuité rappelle ce qui se joue dans d’autres lieux perchés sur les toits ou dans les cours parisiennes. On pense à ces adresses explorées dans une escapade artistique sur les toits de Paris, où l’architecture devient support de nouvelles manières d’habiter la ville. Au Rêve, plus ancré au sol, propose une alternative : rester à hauteur de trottoir, mais avec la même envie de réinventer les rituels.
Cette tension entre passé et présent se traduit aussi dans le choix du mobilier et des textures. Les chaises peuvent mêler métal et assise tressée, rotin discret et piètement en bois, clin d’œil à l’artisanat des canneurs et rempailleurs qui font partie intégrante du paysage français. Ce type de détail n’est pas qu’esthétique : il incarne une certaine idée de la tradition vivante, capable de dialoguer avec des lignes plus contemporaines.
En définitive, Au Rêve agit comme un miroir de la ville : on y lit la nostalgie d’un Paris fantasmé, mais aussi la créativité d’une capitale qui sait encore inventer de nouveaux usages sans raser ses fondations. Un café qui fonctionne comme une petite scène ouverte, où la décoratrice, le voisin de palier et l’étudiant de passage écrivent ensemble la suite de l’histoire.
Comment s’approprier l’esprit d’Au Rêve chez soi : matières, lumière et rituels
Face au succès de cette institution parisienne incontournable, une question surgit naturellement : comment transposer un peu de cette ambiance chez soi, sans tomber dans le pastiche ? La réponse tient moins à un catalogue d’objets qu’à une combinaison de matières, de lumière et de rituels.
Côté matières, l’exemple d’Au Rêve montre la puissance des surfaces qui vivent bien dans le temps. Le bois chaud et légèrement veiné pour la table, le métal patiné pour un pied de lampe ou un tabouret, le verre pour refléter la lumière, et pourquoi pas une touche de rotin ou de cannage sur une assise. Ces matériaux créent un décor à la fois robuste et accueillant, parfait pour une cuisine ou une salle à manger.
La lumière joue un rôle tout aussi décisif. Au Rêve, la magie vient du dialogue entre la clarté naturelle qui entre par les fenêtres et les lustres en verre qui diffusent une luminosité plus dorée en soirée. Chez soi, cela peut passer par :
- Une lumière générale douce : suspension en verre ou en tissu, ampoules à température chaude.
- Des points lumineux secondaires : petite lampe posée sur un buffet, applique au-dessus d’un coin lecture.
- Des reflets maîtrisés : miroir bien placé qui prolonge la pièce, sans se transformer en mur de glace.
Au-delà du décor, c’est la mise en scène du quotidien qui fait la différence. Adopter l’esprit d’Au Rêve, c’est par exemple :
– Garder toujours quelques verres ballons prêts pour un apéritif improvisé.
– Avoir une nappe en coton un peu froissée, qui n’a pas peur de vivre.
– Sortir une vaisselle simple mais cohérente, que l’on retrouve d’un dîner à l’autre.
Les rituels comptent autant que les objets : café du matin toujours au même endroit, lecture du dimanche à la même table, petite assiette d’œufs mayo maison pour célébrer un retour de marché. Au Rêve inspire une manière d’habiter plus chaleureuse, où le salon et la cuisine deviennent des bistrots intimes pour les proches.
Dans cette perspective, l’exemple du bistrot montmartrois rappelle qu’un intérieur réussi ne tient pas à la multiplication des pièces « waouh », mais à la qualité des usages qu’il permet. Une table en bois bien choisie, quelques chaises confortables, une lumière qui flatte les visages : souvent, cela suffit à créer son propre « café du coin » à la maison.
Où se situe Au Rêve et quel est son cadre ?
Au Rêve se trouve au 89 rue Caulaincourt, dans le 18e arrondissement de Paris, au pied de la Butte Montmartre. Le cadre est celui d’un bistrot parisien historique : comptoir en zinc, lustres en verre d’origine, tables en bois, banquettes chaleureuses et vue directe sur la vie de quartier.
Qu’est-ce qui rend le retour d’Au Rêve si éclatant ?
La réouverture marque le retour d’une véritable institution pour les habitants du quartier. Après trois ans de fermeture, le bistrot a été rénové avec délicatesse par le studio Saint-Lazare, qui a su préserver les éléments emblématiques comme les lustres et le bar tout en améliorant le confort, l’éclairage et la fluidité des espaces. Le lieu est redevenu très vite un point de rendez-vous incontournable.
Peut-on y aller à n’importe quel moment de la journée ?
Oui, Au Rêve est pensé comme un lieu de vie en continu. On y prend un café le matin, on déjeune le midi autour d’une carte simple et soignée, puis on y revient le soir pour un verre accompagné de classiques de bistrot comme les œufs mayonnaise. L’ambiance évolue au fil de la journée, mais reste conviviale et accessible.
Le décor est-il resté fidèle à l’esprit d’origine ?
Le décor a été modernisé de manière très subtile. Les éléments historiques comme les lustres en verre, le comptoir et certaines matières ont été conservés et mis en valeur. Des ajouts comme un paravent en miroir derrière le bar agrandissent visuellement la pièce et améliorent la lumière, sans trahir l’âme du bistrot. L’ensemble reste profondément authentique.
Comment retrouver l’ambiance d’Au Rêve chez soi ?
Pour s’inspirer d’Au Rêve à la maison, on mise sur des matières chaleureuses (bois, métal patiné, verre, éventuellement une touche de rotin), une lumière douce avec quelques points d’éclairage bien placés et des rituels conviviaux : table accueillante, vaisselle simple mais cohérente, coin café ou apéritif toujours prêt à recevoir. L’idée est de créer un petit bistrot intime à l’échelle de son intérieur.