En bref
- Le Studio CoPain transforme le pain au levain en langage artistique, entre artisanat, design et transmission.
- La chaise T170 demande quatre jours de fabrication à trois, hors phase de recherche.
- Leur démarche privilégie la matière vivante, les gestes collectifs et une réflexion concrète sur le design durable.
- À éviter : confondre ces pièces expérimentales avec du mobilier destiné à un usage domestique intensif.
| Peu de temps ? Voilà ce qu’il faut retenir : | Repère utile |
|---|---|
| Le pain devient un matériau de recherche | Il est pétri, gravé, séché et sculpté. |
| Une chaise T170 demande quatre jours | Travail collectif, hors essais préalables. |
| Le projet mêle art, ateliers et scénographie | Pas du mobilier d’usage intensif. |
| À éviter | Réduire cette démarche à un simple recyclage décoratif. |
Comment le pain devient une matière première de design
Voir du pain sur une table, dans une corbeille ou posé contre une planche de bois relève de l’évidence. Le regarder comme une matière première, capable de former une colonne, une lampe ou une chaise, demande en revanche un léger déplacement du regard. C’est précisément celui qu’opère le Studio CoPain, fondé par Sidonie Lepetit, Lucile Barbier et Léa Bardin. Leur travail n’essaie pas de faire passer le pain pour du bois, de la résine ou de la céramique : il assume sa fragilité, sa croûte, ses fissures et son parfum comme des qualités de projet.
L’histoire du collectif commence en 2023, sur les bancs de la Design Academy Eindhoven. À un an de leur diplôme, les trois étudiantes cherchent un matériau qui résiste aux habitudes du design produit. Elles avaient déjà travaillé le bois, la paille ou la terre, des matières naturelles dont les gestes de transformation sont bien documentés. Le pain, lui, les attire parce qu’il est quotidien, chargé d’affect et pourtant rarement regardé comme une substance plastique. Aux Pays-Bas, la différence de culture boulangère avec la France ravive aussi un manque très concret : celui du pain au levain, de la mie dense, de la fermentation lente et des fournées qui rythment un quartier.
Cette approche ne naît pas d’une lubie de studio. Avant de dessiner des objets, les trois créatrices apprennent à panifier. Elles lisent, pétrissent, ratent des pâtes, modifient l’hydratation, observent la poussée et notent les réactions de chaque essai. Un levain n’obéit pas au doigt et à l’œil de la même façon qu’une plaque de contreplaqué. Sa température, l’humidité de l’air, la farine choisie ou le temps de repos changent son comportement. Voilà ce qui rend la démarche passionnante : l’objet ne résulte pas seulement d’un dessin, mais d’un dialogue avec un organisme en mouvement.
Dans un intérieur, les matériaux naturels les plus attachants sont souvent ceux qui ne se tiennent pas tout à fait tranquilles. Le cannage se détend légèrement, le bois se patine, le rotin prend une teinte miel sous la lumière. Le pain pousse, brunit et craquelle. Cette parenté sensible aide à comprendre l’univers de CoPain. Il ne s’agit pas de plaquer une esthétique rustique sur des formes contemporaines, mais de travailler avec les limites du matériau. La croûte devient une peau ; la mie, une masse ; l’incision, un décor ; le séchage, une phase de stabilisation.
La notion de design durable mérite ici d’être maniée avec précision. Un objet constitué de pain n’est pas automatiquement écologique parce qu’il est biodégradable. Tout dépend de l’origine des farines, de l’énergie employée, de la durée d’exposition de l’œuvre, de son éventuel traitement et de sa fin de vie. Le Studio CoPain ne présente pas le pain comme la solution miracle aux plastiques pétrosourcés. Il propose plutôt une recherche de matérialité : que se passe-t-il lorsqu’un objet est conçu à partir d’une substance périssable, locale, nourricière et culturellement chargée ?
Cette question touche directement notre rapport aux objets du quotidien. Une chaise est généralement pensée pour durer des années, supporter le poids d’un corps, résister aux frottements et aux déménagements. Chez CoPain, sa présence fait aussi réfléchir à ce que l’on demande sans cesse aux choses : être performantes, éternelles, lavables, reproductibles. Le pain, au contraire, rappelle que toute matière a son cycle. Une idée moins confortable qu’un plastique moulé, mais infiniment plus fertile.
Pourquoi la fermentation change la façon de concevoir un objet
La fermentation introduit du temps dans le dessin. Elle oblige à attendre, à regarder et à accepter une part d’imprévu. Dans un atelier de cannage, on ne force pas davantage une fibre de rotin : trop sèche, elle casse ; correctement humidifiée, elle devient souple et se laisse tresser. Avec la pâte, la logique est similaire, mais encore plus vivante. Les levures et bactéries du levain font évoluer la matière de l’intérieur, jusqu’à modifier volume, odeur et texture.
Ce savoir-faire rend les projets de CoPain particulièrement justes. Leur créativité ne consiste pas à faire « comme si » le pain était inerte. Elle tire parti de ses réactions. Une surface peut gonfler, une incision s’ouvrir, une bordure se rétracter. Là où l’industrie cherche souvent la répétition parfaite, ce studio de design laisse apparaître une variation contrôlée. Chaque pièce porte donc les traces de sa cuisson et de son façonnage, comme un siège paillé laisse lire la main qui a tendu chaque brin.
Cette façon de produire invite aussi à regarder les matières de demain avec moins de fantasmes technologiques. L’innovation ne prend pas toujours la forme d’un matériau fluorescent sorti d’un laboratoire. Elle peut naître d’un fournil, d’un geste ancien et d’une pratique collective. Les recherches actuelles sur les biomatériaux, les mycéliums ou les fibres agricoles vont d’ailleurs dans cette direction : rendre visibles les ressources disponibles, plutôt que masquer leur origine derrière une finition impeccable.
Le fil est désormais tendu vers les formes que cette matière singulière peut prendre, et vers la manière dont CoPain transforme notre imaginaire du mobilier.

Quels objets du quotidien le Studio CoPain réinvente avec le pain
La collection « Croûte que Croûte » est sans doute la porte d’entrée la plus parlante dans l’univers du Studio CoPain. Son titre a la légèreté d’une formule lancée au-dessus d’un plan de travail, mais les pièces qui la composent sont construites avec une vraie rigueur. Le trio revisite des silhouettes familières de nos intérieurs : une chaise, une lampe, des formes architecturales. Elles deviennent des objets de contemplation, à mi-chemin entre mobilier miniature, sculpture comestible et récit domestique.
La chaise T170 en est l’exemple le plus frappant. Son nom renvoie à la farine choisie pour sa réalisation, comme la lampe T65, elle aussi baptisée d’après son type de farine. La chaise ne cherche pas à concurrencer un modèle édité en bois cintré ou en métal. Elle évoque l’archétype même de l’assise : quatre appuis, un dossier, une présence immédiatement reconnaissable. Mais sa peau de croûte vient déranger ce que l’on croit savoir du siège. Peut-on s’asseoir sur un aliment ? Que reste-t-il d’une chaise lorsqu’elle n’a plus vocation à être utilisée ?
Sa fabrication réclame quatre jours de travail à trois, sans compter les nombreux essais menés en amont. Ce chiffre donne une mesure très concrète du projet. Quand une chaise industrielle sort d’un moule à cadence régulière, la T170 se construit au rythme du façonnage, de la pousse, de la cuisson et du séchage. Elle s’inscrit davantage dans la logique d’une pièce d’atelier que dans celle d’un produit standardisé. La comparaison avec le mobilier en fibres naturelles est éclairante : un cannage de Vienne industriel collé se remplace vite, tandis qu’un cannage traditionnel à six fils demande patience, précision et plusieurs heures de travail manuel.
La lampe T65, quant à elle, convoque l’imaginaire immédiat de la maison en pain d’épice. Sa petite silhouette domestique, presque enfantine, évite pourtant le décor de conte de fées. Elle parle plutôt de refuge, de cuisson, de foyer et de la lumière qui rassemble autour de la table. Dans un monde saturé d’objets lisses et identiques, ces créations ont le mérite de rappeler que la forme peut raconter une histoire sans surcharger l’espace.
Le studio a aussi créé une colonne composée de pains et une sculpture comestible à partir de 800 petites miches. Ce changement d’échelle est essentiel. Il prouve que le pain n’est pas seulement une texture amusante appliquée sur un accessoire. Assemblé, répété, empilé, il devient module architectural. Les petites unités façonnées font penser à des briques irrégulières, à des tuiles, voire à des éléments de vannerie lorsqu’elles s’organisent en trame. C’est une manière très concrète de questionner les frontières entre construction, alimentation et décoration.
De la chaise iconique au pain sculpté : des références à regarder autrement
Un bon objet de design ne se contente pas d’avoir une belle silhouette ; il dialogue souvent avec des formes déjà installées dans notre mémoire. La chaise T170 fonctionne comme un clin d’œil à cet héritage. Elle ne copie pas un modèle précis, mais elle s’inscrit dans une histoire longue du siège, de la chaise bistrot en bois courbé à la chaise n°14 de Michael Thonet, lancée en 1859. Cette dernière reste reconnaissable entre toutes grâce à son dossier circulaire, son assise ronde et ses éléments de hêtre cintré assemblés avec une économie remarquable.
Dans un autre registre, le fauteuil Emmanuelle, devenu emblématique du style bohème des années 1970 avec son vaste dossier en éventail de rotin, démontre combien une matière peut transformer une forme simple en symbole culturel. La différence est nette : le rotin naturel est une liane dont la moelle peut être utilisée pour tresser ; le pain est une matière alimentaire temporaire, sensible à l’humidité et au temps. Pourtant, les deux partagent une qualité visuelle : ils font voir la main, le tressage ou le façonnage, au lieu de le cacher.
Pour les amateurs d’objets chargés d’histoire, cette démarche fait écho à la recherche de créateurs qui déplacent les usages sans les mépriser. L’univers de Matali Crasset et son design contemporain montre lui aussi qu’un meuble peut être pensé comme une expérience, une structure de vie plutôt que comme une simple enveloppe fonctionnelle. CoPain ajoute à cette réflexion le poids symbolique de la nourriture et du partage.
Voici les repères les plus utiles pour lire la collection sans la réduire à une curiosité :
- La T170 : une chaise-sculpture qui interroge l’usage, plus qu’elle ne propose une assise durable.
- La T65 : une lampe évoquant la maison et le fournil, avec une référence assumée au pain d’épice.
- La colonne de pains : une recherche d’architecture par accumulation de formes façonnées.
- La sculpture aux 800 miches : une œuvre collective où la répétition fait apparaître une masse monumentale.
Ce travail ne donne pas envie de remplacer sa table de salle à manger par une miche géante, heureusement. Il invite plutôt à choisir les objets avec plus d’attention : d’où vient la matière, quel geste la façonne, quelle histoire raconte-t-elle une fois posée chez soi ?
Pourquoi l’ornement du pain nourrit une créativité contemporaine
Le pain décoré est loin d’être une invention de galerie. Dans nombre de cultures, il accompagne les mariages, les fêtes religieuses, les récoltes et les moments de passage. Épis, oiseaux, fleurs, soleils, tresses ou motifs géométriques sont sculptés dans la pâte avant cuisson. Le Studio CoPain s’appuie sur cette mémoire ornementale pour produire autre chose qu’un décor posé après coup. Chez elles, le motif est directement inscrit dans la matière, par incision, modelage ou ajout de pâte.
Les traditions ukrainiennes constituent l’une de leurs sources importantes. Les pains rituels y portent fréquemment des décors symboliques réalisés à la main, associés à l’abondance, au lien et à la célébration. Les références grecques antiques ouvrent une autre piste : la place du pain dans les échanges, les rites et les représentations de la vie quotidienne. Les pains ouzbeks, reconnaissables à leur centre souvent marqué, estampé ou décoré, montrent quant à eux comment une forme apparemment modeste peut devenir un véritable signe d’appartenance locale.
Il faut se garder de prélever ces motifs comme on choisirait un papier peint dans un nuancier. L’intérêt du studio réside justement dans sa volonté de rencontre : voyages, ateliers, discussions avec des connaisseurs et partenaires culturels nourrissent la recherche. L’ornement devient une porte d’entrée vers les récits plutôt qu’un signe exotique plaqué sur un objet. C’est un point précieux à retenir pour tout projet décoratif inspiré de savoir-faire vernaculaires : connaître la fonction d’un motif vaut mieux que simplement en reproduire la surface.
Dans nos maisons, le retour de l’ornement ne signifie pas forcément accumulation. Une chaise Louis XVI cannée, par exemple, garde une structure lisible : dossier souvent médaillon, pieds fuselés et cannelés, assise tressée. Son élégance repose sur la précision des proportions et de quelques détails, pas sur un excès de signes. De la même manière, une empreinte dans une pâte, une torsade en relief ou une incision répétée peuvent suffire à donner une identité à la pièce CoPain.
La beauté imparfaite comme réponse aux surfaces standardisées
La croûte est une surface franchement honnête. Elle révèle une zone plus brûlée, une bulle qui a éclaté, une poussée irrégulière. Elle ne promet pas l’uniformité d’un placage industriel. Cette esthétique de l’accident maîtrisé rejoint l’attrait actuel pour les matières brutes : chaux nuancée, bois brossé, céramique chamottée, paille tressée à la main. Ce ne sont pas des finitions « imparfaites » par défaut ; elles sont le résultat visible d’un processus.
Le choix de l’ornement offre alors une réponse intéressante à la production anonyme. Au lieu d’ajouter une couche décorative en plastique ou une impression numérique sur une surface neutre, la décoration naît du matériau lui-même. C’est un geste proche de celui du cannage : l’hexagone n’est pas imprimé sur le siège, il apparaît parce que les brins de canne sont entrecroisés selon une méthode précise. La structure fait image.
Cette logique peut inspirer une décoration plus juste sans chercher à imiter les œuvres du studio. Sur une table en chêne, associer un vide-poche en grès gravé, une corbeille en osier brut et un linge de table en lin lavé suffit à faire exister les reliefs. Dans un salon contemporain, une lampe en papier plissé ou un fauteuil en rotin naturel apporte une présence sculpturale sans encombrer visuellement la pièce. L’astuce consiste à limiter la palette à deux ou trois matières dominantes.
À éviter, en revanche : multiplier cannage, franges, rotin teinté, vannerie murale et motifs ethniques dans la même pièce. Le résultat bascule vite du côté du décor déguisé. Un intérieur vivant a besoin de respirations, comme une pâte a besoin de repos. Cette idée de rythme, justement, mène naturellement à la dimension collective du travail de CoPain.
Comment les ateliers autour du pain réinventent la transmission artisanale
Le Studio CoPain ne fabrique pas seulement des pièces à regarder. Les trois designers animent aussi des workshops de panification, organisés avec des centres d’art, des musées, des associations, des résidences et des passionnés. Elles voyagent entre les Pays-Bas, la Belgique et la France avec un compagnon de route discret mais central : Suzy, leur levain. Ce détail pourrait faire sourire, mais il dit beaucoup de leur pratique. Un levain se nourrit, se transporte, se partage et change subtilement selon les lieux. Il est à la fois outil, archive et lien vivant.
Dans un atelier collectif, faire du pain a une force particulière : chacun met les mains dans la même matière, quel que soit son âge ou son expérience du design. Pas besoin de savoir dessiner un plan à l’échelle pour comprendre qu’une pâte trop collante ne se façonne pas, qu’une incision trop timide disparaît à la cuisson, ou qu’un pain trop vite enfourné manque de développement. Le geste remet les participants au même niveau d’apprentissage. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles la démarche dépasse largement l’objet final.
Cette transmission rappelle celle que l’on observe chez les artisans du siège. Regarder un rempailleur tendre de la paille de seigle permet de saisir, en quelques minutes, la quantité d’attention cachée sous une assise. Pour une chaise simple, un rempaillage traditionnel coûte généralement entre 120 et 250 euros en 2026, selon la région, l’état du châssis et le motif demandé. Un fauteuil plus complexe peut grimper à 350 euros ou davantage. Le prix ne rémunère pas seulement la fibre : il couvre le temps, la préparation, la maîtrise des tensions et la responsabilité de préserver un meuble.
Le pain donne à voir la même réalité. Une miche décorée semble humble, mais elle contient de la farine, de l’eau, des temps de repos, une cuisson et des choix de main. En la faisant devenir sculpture ou objet, CoPain ne sacralise pas inutilement le quotidien. Le studio rend visible ce que nos habitudes rapides font parfois disparaître : le travail humain derrière une forme familière.
Du workshop à l’objet : ce que le design partage réellement
Un atelier réussi ne se mesure pas au nombre de participants repartant avec une photo flatteuse. Il se mesure à la qualité des questions qui restent : quelle farine a été utilisée ? Pourquoi la pâte a-t-elle changé ? Que représente ce décor ? Comment conserver une pièce ? Les workshops de CoPain fonctionnent comme des espaces de récit. Ils mettent en relation techniques culinaires, histoire des formes et expériences personnelles des participants.
Cette méthode rejoint une tendance plus large du design contemporain : créer des situations plutôt que des produits isolés. Une installation devient le prétexte à une rencontre ; une matière ouvre une conversation sur l’alimentation ; un objet fragile oblige à parler du soin. Les scénographies du studio ne sont donc pas seulement des décors. Elles organisent un rapport sensible aux gestes, aux odeurs, aux souvenirs de table familiale et aux histoires locales.
Le livre autoédité Bread Stories prolonge ce travail. Le choix de l’auto-édition est cohérent avec la démarche : réunir des réflexions, des voyages et des récits panaires sans attendre qu’un format éditorial classique valide le sujet. Dans le domaine de la déco, les ouvrages les plus précieux sont souvent ceux qui documentent un savoir-faire précis, une région ou une pratique en train de disparaître. Ils permettent de regarder un objet au-delà de sa valeur décorative immédiate.
Pour les lecteurs qui suivent l’actualité créative, cette circulation entre installation, matière et culture fait écho aux projets présentés dans les temps forts du salon d’art et de design à Paris. Le point commun n’est pas une esthétique unique, mais une volonté de redonner du sens aux procédés de fabrication. Le design se montre alors moins distant, presque plus hospitalier.
La transmission n’est jamais un supplément d’âme dans ce type de travail. Elle constitue la structure invisible qui empêche l’objet de n’être qu’une belle image.
En quoi le pain questionne l’écologie, le recyclage et l’upcycling
Le mot écologie colle vite à toute création réalisée à partir d’une matière naturelle. Pourtant, le regard doit rester précis. Le pain utilisé par le Studio CoPain n’est pas présenté comme un matériau de construction destiné à remplacer demain l’ensemble des composants du mobilier. Ses pièces ont une vocation artistique, narrative et expérimentale. Leur intérêt écologique se situe d’abord dans les questions qu’elles posent : comment réduire notre dépendance aux matières fossiles ? Comment accepter des objets non éternels ? Comment concevoir en tenant compte du cycle réel d’une substance ?
Le recyclage consiste à transformer un matériau déjà utilisé en nouvelle ressource. L’upcycling, lui, vise à revaloriser une matière ou un objet en lui donnant un usage ou une valeur supérieure. Dans le cas du pain, la nuance est importante. Travailler une pâte fraîche pour créer une sculpture relève de l’exploration matérielle, pas automatiquement du recyclage. Employer des invendus ou du pain sec broyé dans un composite pourrait, en revanche, relever d’une démarche de valorisation de surplus, à condition d’évaluer les liants, la conservation et l’impact global de la fabrication.
| Approche | Ce qu’elle implique | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Pain sculpté frais | Recherche plastique, fermentation, cuisson et exposition | Fragilité et conservation limitée |
| Recyclage | Transformation d’un déchet en nouvelle matière | Énergie et additifs nécessaires |
| Upcycling | Revalorisation d’un objet ou surplus avec une valeur accrue | Ne pas maquiller une production jetable |
| Réemploi | Usage prolongé d’un objet presque tel quel | Vérifier solidité et hygiène selon l’usage |
Cette distinction est utile dans la maison. Retapisser une chaise cannée, remplacer un cannage percé ou faire rempailler une assise est souvent plus cohérent que racheter une copie neuve. Une chaise paillée ancienne sauvée d’une cave n’a pas besoin d’être repeinte en beige grisé pour devenir désirable. Un nettoyage doux, une réparation adaptée et une place bien choisie lui rendent déjà sa dignité. Le réemploi commence souvent par ce geste modeste : regarder ce qui mérite vraiment d’être conservé.
Choisir des matières vivantes sans tomber dans le décor jetable
Une matière naturelle n’a de sens que si elle est choisie pour le bon usage. Le rotin naturel fonctionne très bien dans un salon, une chambre ou une véranda abritée. Il supporte mal la pluie et les écarts d’humidité prolongés. Pour un extérieur non couvert, le rotin synthétique peut être plus adapté, mais il reste issu de polymères et ne raconte pas la même histoire matérielle. L’osier est souple et très expressif pour les paniers ; le bambou est creux et rigide ; la moelle de rotin sert surtout aux tressages fins. Nommer correctement les matières évite les achats déceptifs.
Le projet de CoPain apporte une leçon simple : aucune ressource n’est neutre, et c’est tant mieux. Le pain sèche, le rotin grince parfois, la paille se lustre sous les mains, le bois se raye. Ces évolutions obligent à entretenir plutôt qu’à remplacer. Dans un appartement, cela peut se traduire par moins d’objets mais des objets réparables, accessibles et attachants. Une belle chaise chinée à 20 ou 40 euros, restaurée progressivement, a souvent davantage de présence qu’un lot neuf commandé dans l’urgence.
Le design durable se joue donc autant dans le choix que dans le regard. Acheter moins, comprendre mieux, réparer quand c’est possible et accepter une patine : ces réflexes ne sont pas spectaculaires, mais ils changent la relation aux choses. Le pain devenu sculpture ne donne pas de recette toute faite ; il rappelle, avec une délicatesse un peu insolente, qu’un objet peut être vivant dans l’imaginaire avant même d’être durable dans la matière.
Le Studio CoPain fabrique-t-il des meubles en pain utilisables au quotidien ?
Les créations comme la chaise T170 sont des pièces de recherche et de présentation artistique. Elles interrogent la forme du mobilier mais ne sont pas conçues pour remplacer une chaise domestique soumise à un usage intensif.
Pourquoi le levain est-il central dans leur démarche ?
Le levain fait évoluer la pâte par fermentation. Il apporte une dimension vivante, lente et imprévisible au façonnage, tout en reliant le studio aux traditions boulangères et à la transmission des gestes.
Le pain est-il vraiment un matériau écologique ?
Il peut nourrir une réflexion écologique, mais il n’est pas automatiquement durable. Il faut considérer son origine, l’énergie de cuisson, les traitements éventuels, le transport et la fin de vie de chaque pièce.
Quelle différence entre recyclage et upcycling dans le design ?
Le recyclage transforme une matière usagée en nouvelle ressource. L’upcycling revalorise un surplus ou un objet existant en augmentant sa valeur d’usage ou esthétique, sans nécessairement le décomposer entièrement.